Quoi de mieux qu’ Uruz pour retenir les runes ? De par sa forme repliée – blottie contre elle-même – et l’animal auquel elle est reliée, la deuxième Rune de l’Ancien Futhark est faite de patience et de persévérance.
L’élan et le Feu primordial initiés par Fehu ont désormais besoin d’un creuset alchimique pour prendre forme. Uruz nous parle de cette indispensable gestation de tout apprentissage, sans lequel retenir les runes peut s’avérer une tâche ardue.
Rune de gestation
Uruz désigne initialement l’aurochs, cet ancien bœuf sauvage européen.
A l’image de l’aurochs, Uruz appartient à la Terre, exprimant patience et endurance.
On comprend mieux la vocation de gestation d’Uruz en observant son tracé : Uruz se grave en un mouvement de repli : ligne recourbée pour abriter et modeler la vie.
On songe à Audhumla, la vache primitive qui façonna Buri, le premier dieu de la mythologie nordique :
« Elle léchait les pierres de givre, qui étaient salées. Le premier jour qu’elle les lécha, une chevelure d’homme se dégagea d’une pierre le soir, le deuxième jour, une tête d’homme se dégagea, et, le troisième jour, ce fut un homme tout entier qui apparut. »*
Uruz est bien une Rune douce, forte et maternelle, qui nous enseigne la patience, le silence intérieur.
Elle nous murmure que quelque chose se prépare, dans la nuit originelle, baignant dans sa chaleur protectrice.
Avec Uruz, l’action est donc souterraine, passive, mais bien réelle. On ne dévoile pas ses projets à tout vent, mais on leur laisse le temps de prendre forme, en se reconnectant à la Terre nourricière.
Rune d’instinct
Uruz est aussi Rune d’instinct. S’aligner sur Uruz, c’est aller à la rencontre de notre instinct le plus profond, celui dans lequel nous puisons pour survivre et tenir debout.
Souvent on associe cette part instinctive d’Uruz à son tracé. En forme de U inversé, celui-ci évoque les cornes de l’animal, pointées vers le ciel.
J’aime assez cette image et la question qu’elle sous-tend : l’instinct n’est-il que primaire ou relève-t-il également d’une connexion à quelque chose de plus grand que soi ?
*La Gylfaginning, chapitre 6, Edda de Snorri Sturluson, traduction de François-Xavier Dillmann, Paris, Gallimard, 1991, Page 36.
